Bataille de La Malmaison

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Rythme quotidien pendant la bataille de La Malmaison.

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samedi 19 juillet 2014

1914 dans l’Aisne : préoccupations quotidiennes et inquiétude omniprésente



 Récoltes et bruits de guerre
            
           Dans la région du Chemin des Dames comme partout ailleurs, les deux préoccupations du mois de juillet sont les récoltes et les rumeurs qui annoncent la guerre (même si les journaux accordent surtout une grande place à la célèbre affaire Caillaux, dont le procès a lieu en cette fin de mois).
           
            L’été dans toutes les régions rurales est marqué par les récoltes et le ramassage des fruits, moment essentiel où la météo est davantage scrutée que les dépêches diplomatiques.
            « La saison que nous traversons est, au moins dans certaines régions du nord de la France, un véritable été à fruits. Dans la Somme, dans l’Aisne, dans l’Oise, les vergers surabondent de cerises, de groseilles, de toutes espèces de fruits qu’on laisse périr sur l’arbre. La main d’œuvre est tellement abondante qu’elle absorberait le prix où l’on vendrait le fruit.
            Bien accueilli serait en maints enclos le citadin qui dirait au propriétaire :
            - Voici 20, 30, 50 centimes, laissez-moi manger des cerises à ma faim.
            - Prenez tout ce que vous voulez, lui répondrait-on, ce sera pour nous un vrai débarras. »
(La Croix, 18/07/1914)

            A Ambleny, Onézime Hénin et les autres paysans savent quelle est leur priorité, même si les bruits de bottes ne sont jamais loin : « A midi [le 25 juillet], Ludovic Fageot me dit que l’on allait avoir la guerre mais qu’il voudrait bien que cela retarde de trois jours pour avoir 15 hectares de blé de coupés, je ne prends pas cela au sérieux car je ne pouvais jamais croire une guerre aussi proche ».
           

            Les produits des récoltes sont aussi au cœur des préoccupations, et la qualité de l'alimentation importe pour l'instant plus que la quantité. En effet, « dans un village, tout voisin de l’Aisne, à Attichy, s’est tenu aujourd’hui une réunion fort intéressante » : elle envisage la création d’une ligue du Bon Pain. « Ainsi, après bien des ligues, nous allons avoir celle du bon pain et nous sommes sûrs que ce groupement nouveau, né aux bords de l’Aisne, aura le sort brillant qu’il mérite puisqu’il nous rendra l’aliment qui répond à la fois à nos traditions et à nos besoins. » (Le Figaro, 27/07/1914)


Un œil sur le Tour de France
            
        « La veillée des armes ». « La première des quinze batailles ». « La grande bataille est commencée ». Dans ses titres et ses éditoriaux de L’Auto, Henri Desgrange n’évoque pas – encore – la « vraie » guerre mais le Tour de France, nouveau rendez-vous estival depuis onze ans.
            A Vailly-sur-Aisne, on est particulièrement intéressé par le Tour, dont le départ a été donné – hasard de l’histoire – le 28 juin 1914 à Paris. En effet, l’usine Wolber y fabrique depuis 1903 caoutchouc et pneumatiques qui équipent la formation Peugeot-Wolber, véritable « dream team » avec en son sein notamment les vainqueurs des Tours 1909 (François Faber), 1911 (Gustave Garrigou) et 1913 (Philippe Thys) mais aussi les expérimentés Emile Georget et Eugène Christophe ou les prometteurs Henri Pélissier, Oscar Egg ou Jean Alavoine.
            Le 26 juillet, quand le Tour revient à Paris après avoir suivi au plus près les frontières nationales (notamment avec une très symbolique étape Belfort-Longwy à travers les Vosges), Wolber peut fêter la réussite de son équipe, qui réalise le triplé (Thys-Pélissier-Alavoine), avec au passage plusieurs victoires d’étape.


D’une bataille à l’autre …
             
             Sur le Chemin des Dames lui-même, un des événements principaux du début de l’année 1914 a trait à l’histoire militaire du secteur et – déjà – aux commémorations.
            Le dimanche 8 mars, on a célébré le centième anniversaire de la bataille de Craonne du 7 mars 1814. A cette occasion a été inauguré le « monument des Marie-Louise », entre la ferme d’Hurtebise et celle de la Creute. Sur l’obélisque surmonté d’une étoile ont été placés bien sûr un drapeau français mais aussi deux drapeaux russes, pour montrer que l’ennemi d’hier est devenu l’allié d’aujourd’hui. Deux banquets ont été organisés, à Craonne et au château d’Hédouville.
            Le conseiller général Rillart de Verneuil déclara lors de la cérémonie : « En saluant ce monument, les petits se souviendront d’une belle page d’histoire, les jeunes gens penseront aux Marie-Louise de 1814 et voudront rivaliser avec eux si la Patrie les appelle … »
(Guy Marival « Le Chemin des Dames en 1914 » dans N. Offenstadt)


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