dimanche 31 août 2014

Mardi 1er septembre: « Les barbares vont venir. » (Marquiset)



- Vers 19 heures, les premiers uhlans arrivent dans les faubourgs de Laon, d'autres patrouillent, s'assurant que la résistance est absente, sans pour le moment s'aventurer sur la « Montagne ». Ils sont à Sissonne un peu avant minuit.
- Les Allemands (2 000 environ) sont aussi à Ambleny, chez Onézime Hénin. Ils achètent de la marchandises à ceux qui sont restés et pillent les maisons abandonnées par leurs occupants. Ils sont tendus mais se montrent assez corrects avec la population.

- A Soissons, les premiers soldats allemands pénètrent en ville autour de 18 heures, après quelques combats défensifs ponctuels des Français, au cours desquels l'abbé Roy, vicaire de la cathédrale, est blessé. Dans la soirée, les réserves de la distillerie de Vauxrot prennent feu et brûlent toute la nuit.

- Pendant ce temps, plus à l'ouest, à Saint-Erme, un dernier train d'évacuation part peu après 18 heures avec des habitants des environs et les personnels des chemins de fer et leurs familles.

- Le gros des troupes françaises a franchi l’Aisne à temps, mais beaucoup de groupes de soldats, plus ou moins nombreux, se retrouvent isolés à l’arrière par la rupture des ponts et l’avancée allemande.




Lundi 31 août : « Nous voilà retranchés de la France. » (Marquiset)



- Dans la journée, le QG du général Lanrezac quitte Laon, en direction de Corbeny. Les divisions françaises, à marche forcée, parcourent des dizaines de kilomètres dans la journée, traversent le Laonnois puis le Chemin des Dames pour les plus avancées. Le repli se fait sous une très forte chaleur.

- Laon se retrouve coupé du monde, entre des troupes françaises parties (sauf quelques retardataires) et troupes allemandes que l'on aperçoit mais qui sont encore dans la plaine, au nord. « Sur notre plateau nous nous sentons complètement abandonnés, perdus comme des naufragés sur une île lointaine, avec la terreur du lendemain. » (Marquiset)



- Dans le même temps, les derniers Britanniques quittent le Soissonnais ; parmi elles, un détaché français célèbre, le boxeur Georges Carpentier, qui loge chez les Hénin à Ambleny.

- Les Allemands atteignent Nouvion-Vingré.

- Dans l’après-midi, les Alliés font sauter les ponts sur l'Aisne à Soissons et en aval, là où des troupes britanniques tentent de freiner les uhlans.



- La fuite de la population, totalement désordonnée, s'amplifie encore.


vendredi 29 août 2014

Dimanche 30 août : La retraite des Alliés


- Le repli des troupes de la Ve Armée, via les faubourgs de Laon où elles font en général une halte, se poursuit. Les états-majors et les convois passent les premiers ; l’infanterie, en cette journée, traverse le nord de l’Aisne.
- Plus à l'ouest, les troupes britanniques elles aussi en recul parviennent à Soissons et dans ses périphéries, fortement pressées par les avant-gardes allemandes qui avancent sur l'Oise ; certains habitants ont d’ailleurs du mal à distinguer les deux armées, que ce soit par la langue ou les uniformes... « Le matin, nous apprenons que de nombreux Anglais sont cantonnés à Vezaponin. Nous nous promettons d’aller les voir. De nombreux aéroplanes survolent la région. L’après-midi, nous allons voir les Anglais. J’essaie avec eux mon petit vocabulaire et revient content. Mais vers cinq heures de l’après-midi, le bruit court que des jeunes sont venus de villages voisins prévenir les Anglais qu’une patrouille de 9 uhlans était arrivée à Saint-Aubin. […] Tout le monde est affolé à la pensée que l’ennemi est si proche. » (Robert Mouton, 13 ans alors, en vacances au nord de Soissons).

- Les administrations publiques ont toutes quitté Laon. A Craonne, le receveur des postes reçoit l'ordre de briser ses appareils et de partir.

- A Reims, « un vent de panique souffle de plus en plus » (P. Hess)

jeudi 28 août 2014

Samedi 29 août 1914 - La bataille de Guise : « on sent que la guerre approche » (O. Hénin)



- A 9 heures, Joffre se rend auprès du général Lanrezac (Ve Armée) à Laon pour suivre avec lui les débuts de l'action qu'il lui a demandé de mener sur l'aile gauche de l'avancée allemande (IIe Armée), autour de Guise et Saint-Quentin.
- On entend les canons des deux camps à plusieurs dizaines de kilomètres aux alentours, en permanence cette fois, et les habitants du Chemin des Dames prennent conscience à ce moment-là de la menace réelle (Paul Hesse, à Reims, par exemple, qui le signale dans ses carnets). 
- En fin de journée, pour ne pas se retrouver trop en pointe, Lanrezac ordonne le repli de son armée en direction du sud/sud-ouest.


- Les départs massifs de civils touchent à présent Soissons et la vallée de l'Aisne.



dimanche 24 août 2014

Semaine 4 - Du 24 au 30 août 1914: l'avancée allemande et Guise



- Dans la semaine du 24 au 30 août, les combats touchent les habitants du Chemin des Dames, indirectement d'abord puis de plus en plus concrètement. Les Allemands pénètrent dans l'Aisne, précédés par des troupes alliées en repli et des civils terrifiés. La fin de semaine est marquée par la bataille de Guise, réussite française au niveau de l'état-major, nouvelle source d'inquiétude en ce qui concerne la population. Voici les détails ...


- Le lundi 24 août, la guerre devient encore plus présente pour les habitants du Chemin des Dames. En effet, après avoir connu le déroulement des événements de façon très parcellaire et sèche par les communiqués et les journaux, ils voient arriver les premiers militaires puis les premiers civils belges qui fuient les progrès allemands ; la tension monte encore d'un cran lorsque les trains remplis de nombreux blessés se succèdent dans les gares et les carrefours ferroviaires. A Laon, « ce soir-là, la population s'alarma. »
- Le lendemain, 25 août, le flux de réfugiés devient abondant, répandant informations vraies et rumeurs sur la situation des villes de Belgique et du Nord et sur le traitement infligé aux civils. « C'était donc bien vrai que l'invasion commençait,  puisque les pauvres eux-mêmes, eux qui n'avaient rien à perdre, se sauvaient. » (Marquiset)

- Partout, à présent, les habitants entendent les bruits des canons qui tonnent ; même à Presles-et-Boves, sur l'Aisne, à des dizaines kilomètres des combats, malgré la protection sonore constituée par les reliefs, le 24. « Ca va mal. » (C. Bernier)


- Le 25, un ordre préfectoral demande aux Axonais de déposer leurs éventuelles armées à feu à la mairie de chaque village et de rester calme en cas d'arrivée de l'ennemi.
- Les administrations commencent à réduire leurs horaires d'ouverture, puis transfèrent une partie de leur personnel et de leurs activités, avant de partir totalement. 
- La population de Laon commence à fuir vers Paris, dans des trains bondés et ralentis par l'encombrement des voies et la priorité donnée aux convois militaires. Le phénomène s'amplifie les jours suivants, surtout le 28 lorsque tout espoir de retournement militaire est perdu.
- Le 26 au soir, le Journal de Laon annonce qu'il ne paraîtra plus.


- Dans la nuit du 25 au 26, Joffre fixe les nouvelles instructions aux armées. Parmi celles-ci, il demande que Laon serve de base de repli aux troupes belges, notamment celles qui ont évacué Namur (ces unités sont ensuite transférées vers la Normandie pour rejoindre leurs compatriotes combattants).
- Le 26 au matin, le général Lanrezac (Ve Armée) prend le commandement de la place forte de Laon et organise la défense de la position ; la ville devient son QG le 28.




(NDLA : A partir du 29 août, les articles seront quotidiens en raison de la densité des événements dans la région du Chemin des Dames ...)